Carven, été 2016 : il y a (visiblement) une vie après Guillaume Henry

J’ai acheté ma première robe Carven par Guillaume Henry en janvier 2010, à l’occasion de l’anniversaire de ma copine Margot. Fraichement dépoussiérée, la marque venait d’inaugurer son corner au Printemps, tout riquiqui, avec juste deux silhouettes de chaque côté du comptoir caisse. Carven il y a 5 ans, c’était une sorte d’Eve Angeli de la mode : son nom nous évoquait bien quelque chose mais ça faisait tout de même sacrément longtemps que l’on n’en a plus reparlé.

Toujours est-il que ma robe a récolté, ce soir-là, des compliments par milliers et moi, de mon côté, j’ai commencé à tomber follement amoureuse de Guillaume Henry, le nouveau styliste -aussi beau que talentueux- qui avait offert à cette vieille maison française une seconde vie. Très vite, Carven m’a ruinée envoutée. Je travaillais à l’époque au Be et j’étais si bonne cliente que mon fanatisme est arrivé jusqu’aux oreilles de Guillaume, pour vous dire un peu l’ampleur du truc.

Et puis l’an dernier, les rumeurs se sont confirmées : Guillaume se barre. Même si le changement de direction artistique d’une maison me laisse souvent un peu mélancolique, je suis toujours la première à m’en réjouir : je me suis roulée par terre comme une épileptique en manque de Diazépam quand j’ai appris que Raf Simons allait chez Dior il y a quelques saisons, quant à Alessandro Michele, il a grandement ravivé mon intérêt pour la maison Gucci. Mais Guillaume… Guillaume, c’était pas pareil.

Relativisant comme je le pouvais et convaincue que si, à l’époque, le départ de Nicolas Ghesquière chez Balenciaga n’avait pas eu raison de moi (j’avais pleuré, avec de vraies larmes, pour Nicolas), je trouverais la force de surmonter cette épreuve. Bon, faut dire que j’ai aussi de vrais problèmes et une vraie vie en dehors des robes Carven, sans doute ce détail m’a-t-il également aidée à tenir le coup. Alexis Martial et Adrien Caillaudaud ont donc été nommés nouveaux directeurs artistiques de Carven peu après, et moi, par principe, j’ai tiré la gueule.

J’ai boudé leur première collection comme une reine* ne lui accordant pas même ma considération. Il faut dire que je sais me montrer de très mauvaise foi quand je veux. Mais tout ceci, c’était avant que le duo ne présente sa collection pour l’été 2016, hier matin, à l’Espace Éphémère des Tuileries. J’ai scruté les premiers looks d’un œil mauvais, avec la même objectivité que Christophe Dugarry lorsqu’il critique l’Olympique de Marseille, quand la réalité m’a soudainement frappée de plein fouet : c’est joli. Merde, c’est même beau. Les coupes sont impeccables, c’est élégant mais pas chiant, féminin sans faire godiche, je meurs devant les pantalons cigarette et les tailles ceinturées et me sens soudainement comme une épouse adultère, à déjà spéculer combien de centimètres de tour de cuisse je vais devoir perdre pour rentrer dans cette combi en cuir lilas.

Reste encore à savoir comment ma conscience parviendra à vivre dans le pêché. Ainsi va le monde, Guillaume… Ce n’est pas ma faute.

*Entre nous, les ensembles fleuris me font toujours de l’œil quand je passe devant la vitrine de la boutique rue Saint Sulpice mais n’ayant pas les jambes qui vont avec le pantalon cigarette, je n’ai même pas à considérer la chose.

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